L’Antichambre fait revivre le Paris du XVIIIe siècle avec ses philosophes, son vent d’idées nouvelles et ses salons tenus en main de maître par des femmes influentes. Entrons dans celui de Mme du Deffand. De retour à Paris, elle ramène dans ses bagages sa bâtarde de nièce, Julie de Lespinasse destinée à entrer dans un couvent. Sous prétexte de sa vue déclinante, sa tante lui offre une place de lectrice. Rapidement, de complice et affective, la relation entre ces deux femmes se dégrade jusqu’à les voir se livrer une lutte sans merci. C’est par le président Hénault, seul juge et arbitre présent entre ces deux femmes, que l’une perdra son trône au profit de l’autre.
Les répliques cinglantes, les dialogues ciselés dans un rythme soutenu ne laissent aucun répit aux comédiens heureux de restituer toute la richesse de la langue française si malmenée ces derniers temps.
La pièce est une joute oratoire implacable où intelligence et humour s’expriment à merveille sous la plume vive et acérée de son auteur, Jean-Claude Brisville.
Extrait d’un entretien avec Jean-Claude Brisville, l’auteur
Comment vous êtes-vous intéressé à madame du Defffand ?
JCB. Une réflexion de cette femme cynique et athée, qui avait vécu sa jeunesse sous la Régence, m’a particulièrement inspiré. Elle parle du malheur d’être née. On dirait du Cioran. (…) Je me suis souvenu de trois lignes que j’avais lues en classe de troisième dans mon manuel de littérature française. On y parlait des salons au XVIIIe siècle et de cette madame du Deffand qui tenait un salon réputé et qui, devenue aveugle, a pris comme lectrice Julie de Lespinasse et puis elles se sont fâchées quand les philosophes ont pris l’habitude de s’attarder chez Julie... je ne sais pas pourquoi, alors que j’étais très loin du théâtre, ces quelques lignes m’étaient restées. (…) Quelque temps après, je vais au musée Carnavalet, sans aucune arrière-pensée simplement, parce que j’aime cet endroit, et je tombe sur un pastel de madame du Deffand par Carmontelle : une figure un peu sèche, un nez un peu pointu. Ça m’a conforté dans mon idée de travailler sur ce sujet et rentré à la maison…